Au-delà de l'intérêt scientifique propre de l'objectif affiché de la machine interagissant rationnellement avec son environnement, et des problèmes de recherche fondamentaux qu'un tel objectif nous conduit à aborder dans nos disciplines de base, la problématique poursuivie par RIA couvre des enjeux sociaux et économiques importants et profonds. La robotique autonome n'en est que la partie apparente. De nombreux autres domaines applicatifs sont naturellement concernés par de telles recherches: aujourd'hui les artefacts deviennent de plus en plus complexes, intégrent des capacités de perception, de communication et d'adaptation à divers domaines de fonctionnement et visent des exigences toujours plus grandes de robustesse, d'ergonomie, et de sécurité.
En effet, certains des enjeux de notre problématique sont directement liés à nos projets internes et portent sur des applications de la robotique, socialement utiles, quel que soit le point de vue adopté, y compris dans le contexte de sous-emploi actuel. Il s'agit en premier lieu de robots dans des environnements hostiles réalisant des tâches dangereuses ou très pénibles pour l'homme. La robotique d'exploration planétaire ou la robotique sous-marine en sont des exemples typiques. La robotique minière, certaines applications de la robotique de chantier, ou la robotique de maintenance de sites insalubres ou d'exploration de zones dangereuses (e.g. déminage) relèvent également de ce type d'applications. Les robots d'inspection et de maintenance d'égouts correspondent à de réels besoins, très difficilement ou pas du tout couverts aujourd'hui, pour réduire les pertes et les pollutions. Les personnes handicapées, à autonomie restreinte, qui ne peuvent utiliser aujourd'hui que des aides mécaniques limitées pourront largement bénéficier des progrès de la robotique. Enfin, la robotique de service (manutention, nettoyage, surveillance) qui semble aujourd'hui peu désirable socialement sur le plan de l'emploi, couvre néanmoins certains besoins non traités aujourd'hui car difficilement réalisables par des opérateurs humains (par exemple aide au contrôle sol dans un aéroport par un ensemble de capteurs fixes et de robots coordonnés).
D'autres enjeux, au moins aussi importants, correspondent à des
retombées indirectes de notre problématique. Il s'agit principalement
de certains enjeux situés à l'intersection de l'automatique et de
l'informatique, enjeux pour lesquels aujourd'hui plusieurs universités
et centres de recherche dans le monde créent des départements à la
jonction de ces deux disciplines. Notre problématique nous situe
naturellement à une telle jonction. Dans certaines applications telles
que celles de l'automobile (aide à la conduite, sécurité active,
man
uvres), nos techniques liées à la géométrie et au mouvement sont
naturellement présentes. Dans d'autres, telles que la supervision de
processus, nos algorithmes de planification et de raisonnement sur des
changements discrets (i.e. transitions de domaines et de modèles)
trouvent leur place. Il y a enfin plusieurs secteurs industriels
(ferroviaire, aéronautique) où nos outils et architectures
décisionnelles temps réel trouvent des applications potentielles.