| Opérateurs
pseudo-différentiels : pourquoi ? |
Au cours des dernières années,
l'usage d'opérateurs dynamiques "non standard" (non rationnels dans le cas
linéaire) s'est fortement répandu dans de nombreuses disciplines (voir par exemple [61], dans le cas particulier des opérateurs
intégrodifférentiels fractionnaires). Au plan physique, ceci est principalement dû à
la nature répartie des phénomènes à l'échelle microscopique, dont
l'expression au niveau macroscopique fait surgir, à partir d'un certain niveau de
précision, des comportements complexes, fortement conditionnés par les diverses
géométries, inhomogénéités, etc. L'intérêt de tel opérateurs semble désormais
acquis; on peut mentionner en particulier:
- ils apparaissent dans nombre de
problèmes de modélisation: rhéologie des polymères ou élastomères -
visco-élasticité [78], acoustique [58], [74],
combustion [8], [48],
électrochimie [40], composants électroniques [42], micro-ondes [82],
économétrie [27], etc. Ces opérateurs sont en outre
potentiellement variable (effet des non-linéarités lors des grandes déformations). Des
opérateurs non standard apparaissent également de façon naturelle en
électromagnétisme (milieux polarisables) [10].
- en automatique, leur richesse peut
être mise à profit pour construire des solutions difficilement accessibles par les
opérateurs standard: ainsi, par exemple, des contrôles robustes au sens de linvariance
ou pseudo-invariance sous groupe de transformation peuvent être construits
grâce à l'utilisation de compensateurs de dimension infinie [13], [33], [34], en particulier lorsque l'on quitte le cadre des
idéalisations asymptotiques.
- dans le domaine des signaux et de
leur traitement, l'omni-présence d'objets fractals d'une part, de bruits non standard
d'autre part (mouvements browniens fractionnaires) rend ce type d'opérateurs
incontournables malgré leur nature non markovienne a priori pénalisante:
analyse stochastique [31], bruits de composants
électroniques [76], filtrage [18], finances [75],
fractals [3]. Les bruits de composants électroniques
peuvent présenter un spectre non standard dépendant de la température, donc a priori
variable [25], [76].
Ou encore, dans le domaine de l'aérodynamique, les bruits de turbulence (phénomène
multi-dimensionnel de nature fractale) présentent des inter-spectres complexes, dont
l'expression est basée sur des fonctions spéciales (fonctions de Bessel modifiées par
exemple) [46], [47].
- des opérateurs non standard variés
apparaissent également dans l'expression de l'impédance caractéristique de
certains milieux propagatifs (poutres flexibles), donc aussi dans l'expression des
conditions d'adaptation d'impédance, concept fort utile dans la conception de feedbacks
absorbants à la fois robustes et performants [69],
[84], ou encore dans la simulation numérique de
signaux et phénomènes propagatifs en domaine infini. Il en est de même dans le cas de
problèmes de contrôle d'EDP abordés par des approches plus algébriques [39], [53]. Dans le
cas de systèmes propagatifs multi-dimensionnels (ou monodimensionnels prenant en compte
certains aspects dissipatifs ou dispersifs réalistes), les conditions de transparence
ou d'adaptation d'impédance s'expriment au moyen d'opérateurs ''temps-espace'' plus
complexes [11], [26],[36].
- etc.
Un cadre mathématique
particulièrement adapté à ces situations est celui des opérateurs dits
''pseudo-différentiels'' (OPD) [4]: ''Les
opérateurs pseudo-différentiels permettent de plonger les opérateurs différentiels
dans une algèbre où se trouvent aussi leurs paramétrix. Ils jouent ainsi le rôle qui
est, pour les opérateurs à coefficients constants, celui de la convolution'' (M.
Zerner, Encyclopédie Universelle, chapitre ''équations aux dérivées partielles'', page
197).
Les OPD peuvent être interprétés comme généralisation des opérateurs
différentiels, essentiellement sur trois points:
- l'extension aux aspects temps-espace
sur Rn ou des variétés régulières,
- l'extension à des fonctions très
générales des variables symboliques,
- la variabilité (opérateurs non
convolutifs).
Bien évidemment, le cadre
pseudo-différentiel n'épuise pas tous les opérateurs, mais est assujetti à certaines
hypothèses spécifiques, énoncées sur la base de considérations physiques. Ce cadre
constitue en fait une extension naturelle des transferts standard (rationnels), du fait de
leur propriété (fondamentale) ''pseudo-locale'', qui exprime la régularité du noyau
(Ainsi, les retards purs ne sont pas des opérateurs pseudo-différentiels). Cette
distinction qualitative entre OPD et retards est de même nature que la distinction
classique en edp, entre systèmes paraboliques (diffusions) et systèmes hyperboliques
(propagations à vitesse bornée). Il n'est donc pas surprenant que, de même que
l'équation des ondes joue un rôle central par rapport aux retards purs, les diffusion
s'avèrent fort utiles dans la description et la manipulation de nombre d'OPD.
Loin de constituer une "
généralisation gratuite ", ce concept permet une grande souplesse pour les
problèmes précédemment évoqués, ce pour les raisons suivantes :
- la classe des OPD possède une
structure mathématique riche (algèbre). Cela permet beaucoup de souplesse, tant du point
de vue algébrique que topologique et numérique.
- les transferts rationnels stables
sont contenus dans cette classe (compatibilité parfaite avec les dynamiques standard).
- un outil de représentation
spécifique (représentation diffusive [70]) permet de
construire notamment des schémas d'approximation numérique simples et efficaces (cadre
hilbertien).
En résumé, par sa structure
algébrico-topologique souple et bien adaptée à l'analyse, l'approximation et la
simulation, la classe des opérateurs pseudo-différentiels permet d'aborder dans un cadre
unifié une grande variété de problèmes non standard très actuels.
Divers problèmes ont d'ores et déjà été abordés avec succès (en analyse,
approximation, contrôle, identification, modélisation stochastique,...) affirmant ainsi
la légitimité du présent projet d'un point de vue concret (voir le programme de
recherche et les références citées).
| Un projet au carrefour de
plusieurs concepts |
Ce projet réalise une jonction entre divers concepts actuels. En effet, indépendamment
des questions de modélisation-identification de phénomènes physiques et de signaux non
standard, si l'on se place dans un contexte étendu aux modèles à paramètres répartis
(diffusions, propagations, écoulements,...), les notions d'OPD et de représentation
diffusive établissent une passerelle naturelle entre les concepts de robustesse
(Hinfini, H2), de passivité, d'adaptation d'impédance, de contrôle
optimal et de modèles AR-ARMA:
- dans le cadre des compensateurs
pseudo-différentiels, la notion de pseudo-invariance peut aisément être reliée aux
contextes standard: Hinfini, H2 [68].
- l'adaptation d'impédance pour les
systèmes de propagation (ou condition de frontière non réfléchissante) s'exprime
systématiquement au moyen d'OPD et conduit à des feedbacks frontière absorbants
conférant au système bouclé la propriété de passivité globale, donc robustes par
nature. Un autre avantage considérable de cette approche est lié à la ''localité'' de
la notion d'impédance, qui permet de ''faire abstraction'' du domaine, en ne
considérant, pour l'établissement d'un feedback stabilisant, que l'équation (locale) de
propagation [69], [72],
[84]. De tels feedbacks apparaissent de même dans la
stabilisation d'EDP optimale au sens de Hinfini (étroitement liée, dans le cas de la
stabilisation frontière de systèmes propagatifs, à la notion d'onde réfléchie) [63].
- des lois de commande en boucle
fermée, à la fois optimales en poursuite et de nature passive quant à la régulation
(adaptées en impédance ou simplement dissipatives) sont concrètement réalisables par
feedbacks diffusifs dissipatifs, ce grâce à la richesse dynamiques de ces compensateurs
de nature héréditaire [80], [81].
- dans le cadre des signaux à mémoire
longue (par exemple bruit en 1/f, signaux bi-dimensionnels de turbulence), la
représentation diffusive permet d'établir un lien direct avec une famille continuement
indexée de processus auto-régressifs élémentaires, lien permettant la construction de
modèles markoviens, utile tant en synthèse qu'en analyse [23],
[24], [47], [50], [76].
- une classe étendue d'opérateurs de
Volterra non-linéaires peut être réalisée sous forme de représentation diffusive
étendue en sortie par produit tensoriel, ce qui permet d'établir un lien direct avec
certaines techniques de filtrage non linéaire [67].
Enfin, sous forme de
représentation (d'état) diffusive (en dimension nécessairement infinie), les OPD sont
bien adaptés aux approches constructives (sous approximation) des problèmes de commande,
filtrage etc., dans un cadre étendu aux aspects temps-variables ou non-linéaires [8]: méthodes d'énergie-Lyapunov, adaptatif, Kalman
étendu, Volterra.
Novembre 1999